Au camping des Paccots

Ces résidents venus du Nord

Après cinq jours passés à Château-d’Œx, «La Gruyère» a planté sa tente au camping des Paccots. Stratégiquement situé aux abords des grands axes, au cœur d’une nature verdoyante, Le Bivouac attire de nombreux campeurs de toute l’Europe, des Hollandais plus particulièrement. Certains ont même choisi d’y installer leur caravane à l’année. Une exception dans la région.

 

Les Hollandais Peter, Marta et leur cadette Noella Klein Ikkink ont fait du camping des Paccots leur résidence secondaire (photo Benjamin Ruffieux)

 

«On a débarqué aux Paccots en 1996 pour fêter les 40 ans d’une cousine qui avait sa caravane au Bivouac. Et on a craqué.» Après avoir emprunté ladite caravane durant deux étés, les Hollandais Peter et Marta Klein Ikkink décident de s’offrir leur propre résidence secondaire dans ce coin de verdure qu’ils apprécient tant. Et ils ne sont pas les seuls. Sur les quelque 130 résidents que compte Le Bivouac, deux autres couples de Hollandais, deux couples d’Anglais, un couple d’Allemands, un de Belges et un de Français traversent les frontières plusieurs fois par an pour rejoindre leur petit pied-à-terre à 900 mètres d’altitude. Ce phénomène est relativement rare dans la région, puisque seul le camping de Portalban – avec deux Allemands – et celui de Château-d’Œx depuis quelques mois – avec un Anglais – accueillent des caravanes résidentielles appartenant à des gens qui ne vivent pas en terres helvétiques. Les raisons de cette exception veveysanne? Elles semblent tenir au lieu et à la personnalité de ses gérants. «Ils sont tellement sympathiques et disponibles», relève Peter Klein Ikkink, parlant de Jean-Paul et Marie-Rose Fivaz, qui ont fondé le camping en 1969, et de leur fils, Stéphane, qui le gère depuis douze ans. «Et c’est vraiment bien situé, ajoute Maria Klein Ikkink, son épouse. On est à proximité de Genève, Montreux, Vevey ou Berne et sur la route de la Toscane, où il nous arrive souvent de poursuivre nos vacances en appartement ou à l’hôtel.» Autres critères de choix: «C’est vraiment très propre», relève Peter Klein Ikkink. Une propreté à laquelle les Hollandais semblent particulièrement sensibles (lire encadré). La quiétude des lieux, adaptés aux jeunes enfants (piscine, sable, ping-pong), a achevé de les convaincre à l’époque. Aujourd’hui, leurs deux aînées ne veulent plus les accompagner aux Paccots. «Pour les adolescents, c’est un peu moins ça. Je n’avais d’ailleurs pas très envie de venir, avoue Noella, 13 ans, qui passait pour la première fois des vacances sans ses deux grandes sœurs. La première semaine, j’ai beaucoup regardé la télé. Puis j’ai rencontré des autres jeunes sympas, des Hollandais et des Fribourgeois!»

 

Mieux qu’une vraie maison

On continue pourtant à se demander pourquoi Peter Klein Ikkink, cadre dans l’une des plus grandes banques d’Amsterdam, et son épouse, secrétaire dans un hôpital, ne se sont pas carrément offert une «vraie» résidence secondaire dans cette région qu’ils aiment tant. «On a déjà une grande maison à Wageningen, qui demande de l’entretien, répond Marta. Quand nous sommes ici, c’est vraiment les vacances! Et quand nous n’y sommes pas, c’est simple, on n’a pas de souci!»

Surtout que leurs voisins, un couple de Fribourgeois avec lesquels ils sont devenus amis à force de faire haie commune, se chargent volontiers de l’entretien de leur tour de caravane, qu’ils retrouvent quatre fois par an, été comme hiver. Pour des balades, du shopping, des visites et du farniente.

 

Coup de foudre sous la pluie

«Et quand on sera à la retraite, on en profitera non pas durant des semaines, mais durant des mois», sourient les tout juste quinqua-génaires. Un objectif qui est aussi celui de Mary et Angus Davidson, un couple d’Anglais débarqué en 1996 au Bivouac, pour ce qu’ils pensaient n’être qu’une halte d’une semaine au retour d’un voyage dans le Sud de la France. «Durant les trois premiers jours, il n’a fait que pleuvoir, se souvient Mary. La tente a d’ailleurs bien failli s’écrouler. Heureusement que Stéphane Fivaz nous a aidés à la maintenir en place.» La météo n’a pas empêché le charme d’opérer: «L’accueil a été si chaleureux et l’endroit si merveilleux qu’on a décidé, au bout d’une semaine, d’acheter une caravane résidentielle», raconte Angus. Pour cet administrateur dans une compagnie d’architectes, l’occasion était à saisir: «On n’aurait pas pu s’offrir une maison ailleurs, mais une caravane pour 6000 francs, c’était une aubaine!» Même si aujourd’hui le change ne leur est plus aussi favorable – contrairement aux Hollandais pour qui la Suisse est beaucoup moins chère qu’il y a dix ans – ces habitants du comté de Suffolk continuent à parcourir un millier de kilomètres plusieurs fois par année pour goûter à leur petit paradis.

 

La propreté avant tout

«Les Hollandais sont des gens très propres et ordonnés. L’entretien, les nettoyages, l’accueil, pour eux, tout est important. Les Anglais aussi apprécient tout ça», constate Stéphane Fivaz depuis 1996 qu’il gère le camping Le Bivouac, dont il est devenu propriétaire avec son épouse en 2004. D’autre part, les Hollandais aiment bien voir qu’il y a déjà de leurs compatriotes sur place quand ils arrivent dans un camping. «Ils savent qu’ils ont les mêmes critères, c’est donc un bon signe pour eux.» Les forums de discussion et le bouche à oreille fonctionnent d’autre part très bien au Pays-Bas. La preuve: sur la trentaine de places réservées aux campeurs de passage au Bivouac, plus de la moitié étaient occupées hier par des Hollandais.

Claire-Lyse Pasquier

31 juillet 2008